Lesmaladies de l'eau du ciel et de la Terre Frapperont l'homme et le menaceront Il voudra faire renaître ce qu'il a détruit et protéger ce qui demeure Il aura peur des jours qui viennent. Mais il sera bien tard Le désert rongera la terre et l'eau sera de plus en plus profonde Elle ruissellera certains jours en emportant tout comme un déluge Et elle manquera le lendemain à la terre Et l
fi che fi lm SYNOPSIS Yosuke, un homme d’une quarantaine d’années que sa femme vient de quitter et qui ne supporte plus son tra- vail, se rend, sur les conseils d’un vieux vagabond, dans une maison particulière, située au cœur d’un village de la péninsule de Noto, et d’où l’on peut apercevoir un pont rouge. Dans cette demeure se trouve une jarre qui contiendrait une statue de Bouddha en or, volée dans un temple à Kyoto par ce vieux vagabond. Yosuke ne trouve pas la jarre mais fait la connaissance de Saeko, une femme étrange et kleptomane. Celle-ci a le pouvoir de faire s’épanouir les fleurs en dehors des saisons et de faire venir les poissons par l’eau qu’elle fait jaillir de son corps lorsqu’elle éprouve le plaisir charnel. CRITIQUE L’important, dans la vie, c’est de bander»... Qu’on ne s’y méprenne pas ces propos licencieux, un rien grave- leux, ne sont pas ceux de quelque obsédé sexuel, mais d’un vieux philosophe de 75 ans, nourri de Kama-Sutra, FICHE TECHNIQUE JAPON - 2001 - 1h59 Réalisateur Shohei Imamura Scénario Shohei Imamura Daisuke Tengan Motofumi Tomikawa Image Shigeru Komatsubara Montage Hajime Okayasu Musique Shinichiro Ikebe Interprètes Koji Yakusho Yosuke Sasano Misa Shimizu Saeko Aizawa Mitsuko Baisho Mitsu Aizawa Mansaku Fuwa Gen Kazuo Kitamura Taro Yukiya Kitamura Shintaro Uomi DE L’EAU TIÈDE SOUS UN PONT ROUGE DE S HOHEI I MAMURA 1 qui n’est autre, bien sûr, que le double dramaturgique de Shohei Imamura lui-même, grand fripon devant l’éternel ! Avec l’âge, le maître incontournable du ciné- ma nippon, dont il nous semble entendre, en arrière-fond, l’éclat de rire moqueur, n’a rien perdu de sa verve malicieuse et de sa verdeur chatoyante. Mais derriè- re ce précepte un peu osé», se cache en réalité une œuvre subli- me, plus poétique que provocante. De l’eau tiède sous un pont rouge se présente comme un conte phi- losophique, une sorte de fable onirique, où se mêlent et s’oppo- sent, aux préoccupations basse- ment matérialistes de la société moderne, les traditions impé- rieuses d’un Japon ancestral. Une curieuse chasse au trésor sert de fil narratif. … On l’aura deviné, le nouvel Imamura est un tanti- net coquin, tendrement érotique, débordant de raillerie affectueuse et d’humour grivois, mais jamais vulgaire. Tout en menant un pas- sionnant questionnement méta- physique sur le désir, le pouvoir de la femme, il prêche un retour à la nature, aux vraies valeurs, loin des affres de la civilisation. L’approche est imaginative, ori- ginale et réjouissante. L’histoire devient même extrêmement émou- vante lorsque la grand-mère qui, depuis 50 ans, attend l’hy- pothétique retour de son amant, apprend qu’il ne reviendra plus... Résolument optimiste, souriant, revigorant, le film est à l’image de sa dernière séquence un magni- fique arc-en-ciel au beau milieu d’un horizon obscurci... Une leçon de vie. Simple et belle. Après La ballade de Narayama 1983 et L’anguille 1997, Shohei Imamura n’aurait certainement pas démérité sa troisième Palme d’Or ! Laurence Berger … Le réalisateur Shohei Imamura filme cette quête du bonheur avec sensibilité et drôlerie. … Une fable douce, poétique et sensuelle dont il convient de se laisser sub- merger. Ixchel Delaporte Force originelle toujours intacte dans l’univers du maître japo- nais, le désir est au cœur du nouveau film de Shohei Imamura. Le désir sous sa forme la plus primitive, pulsion première qui s’empare du corps pour ne plus le lâcher, dimension cruciale du sujet imamurien, sa raison d’être. A plusieurs reprises dans le film, un vieillard, double fictionnel du cinéaste, répète au person- nage principal que bander est le signe d’une vie accomplie, qu’en dehors de cet usage immodéré et déraisonnable de son entrecuis- se, l’existence ne vaut pas d’être vécue les spectres déraisonna- bles sont toujours gras» dit-il à son jeune ami. … On reconnaît sans peine les leçons passées d’Imamura encore une fois, le personnage central est confronté à son devenir-animal, résolument engagé à se défaire de sa part raisonnable et socia- le pour engager tout son être dans l’empire des sens. Encore une fois, l’appel des instincts est incarnée par une figure féminine, Saeko, qui vit seule avec sa vieille mère ; enfin, pour que le schéma initial soit complet, ajoutons que les deux femmes mère et fille n’ont pas besoin, elles, de per- dre leur part de raison et de nor- malité, celle-ci les ayant délaissé depuis longtemps la mère reste prostrée chez elle, occupée à mul- tiplier les divinations, bonnes for- tunes ou désastres qui jettent un sort magique au cours des cho- ses ; quant à la fille, elle est déjà gagnée aux forces de la Nature, atteinte d’un mal venu de loin et qui constitue au sens propre l’at- traction du film et de l’histoire fabuleuse contée par Imamura. Venu chercher un trésor oublié qu’il va vite délaisser, Yosuke est attiré d’une manière irrésistible par ce lieu insolite délimité, tel une estampe, par un pont rouge et la façade d’une maison cou- verte par un jasmin trompette chinois. L’arrivée du personnage dans cet espace qui va le sédui- re puis l’emprisonner jusqu’à lui faire perdre la raison, est une leçon de sensualité du maître, une immersion délicate dans le sensible pur tout ce qui semblait mouvoir Yosuke dans sa vie à Tokyo semble frappé d’inexistence dès qu’il passe le pont rouge et croise Saeko. La rencontre entre les deux est la plus belle scène du film peut-être parce qu’elle a lieu dans un supermarché et qu’on est étonné de voir un espa- 2 ce si commun frappé d’une telle étrangeté. C’est aussi que Yosuke découvre avec nous le mal de Saeko, cette eau tiède qui coule de ses cuisses, qui la déborde et la rend malheureuse le clapotis des pieds de la jeune fille dans la flaque qu’elle vient de faire provoque chez le personnage et le spectateur complice une pulsion érotique immédiate que le croise- ment muet des deux personnages dans l’espace froid du supermar- ché ne fait qu’accentuer. A-t-on vu récemment scène plus sensuelle ? Il y a chez Imamura une supério- rité dans cette capacité à fusion- ner le trivial et le délicat, l’animal et la pensée par la seule mise en scène. Ce n’est pas chez lui secret de fabrication, mais un regard qui est une morale haute et joyeuse. Après avoir accepté le métier de pêcheur où il éprouve sa force à tirer les filets de pois- sons, Yosuke n’aura de cesse, à partir de cette rencontre, de sou- lager Saeko à chaque besoin pres- sant percevant le miroir-signal tendu au soleil par la femme-eau, il poussera le chalut à regagner le port afin d’entamer une course folle jusqu’à la cascade prodigieu- se. Là, l’explosion de jouissance et le puissant jet d’eau diront la vie enfin accomplie de Yosuke. Sa bonne fortune déraisonnable. Frédéric Bas CE QU’EN DIT LA PRESSE Alex Masson Imamura ... ne s’encombre plus de limites, ni de bienséance pour alimenter sa fable morale. Les orgasmes de Saeko sont autant de geysers jubilatoires, coups de Karcher organique évacuant les carcans sociaux Le Nouvel Observateur Jean-Philippe Guérand ... De l’eau sous un pont rouge est un film pétillant de malice dans lequel tout peut arriver et où tout arrive, y compris une pêche miraculeuse. Zurban Binh Le style d’Imamura possède aussi une passe secrète, qui permet à ses films les plus désespérés de préserver un potentiel d’espoir son extraordinaire sens de l’hu- mour, insolite et grinçant, plus que jamais à l’œuvre dans cet apologue féministe testamentaire qu’est De l’eau tiède sous un pont rouge . Le Monde Jean-François Rauger La description minutieuse de l’évolution de la relation entre les deux personnages centraux, la beauté de l’actrice principa- le Misa Shimizu, une attention à un comique quotidien fait d’in- congruités et de banalités et aux personnages secondaires, confir- ment, si besoin était, que le plai- sir, avec Imamura, est toujours du côté du cinéma. Les Echos Annie Coppermann Dans des couleurs éclatantes, ce conte rieur est un enchante- ment ... Cette malicieuse leçon de désir, de plaisir, est un pur moment de sensualité joyeuse. Une perle rare en ces temps de sinistrose ! Télérama Jean-Claude Loiseau De l’eau tiède sous un pont rouge est l’œuvre d’un cinéaste absolu- ment libre de ses mouvements qui s’affiche comme le chantre vigou- reux et malicieux du désordre. De tous les désordres, ceux de la nature comme ceux de l’esprit. Première Olivier de Bruyn Avec ce film impertinent qui, au passage, stigmatise quelques cul- tes du Japon moderne passion du travail, normalisation sociale..., le cinéaste atteint un nouveau sommet. Aden Philippe Piazzo Trésor introuvable, ou presque, bien sûr, sinon dans les surpri- ses de la vie, à considérer comme une merveille, tout comme ce film -anguille qui aurait bien mérité de voir Imamura remporter... sa troisième palme d’or. Laurence Reymond De l’eau tiède sous un pont rouge 3 Le centre de Documentation du Cinéma[s] Le France , qui produit cette fi che, est ouvert au public du lundi au jeudi de 9h à 12h et de 14h30 à 17h30 et le vendredi de 9h à 11h45 et accessible en ligne sur Contact Gilbert Castellino, Tél 04 77 32 61 26 se révèle ainsi une très jolie fable moderne, pleine d’eau et de pois- sons, et pleine d’hommes qui sont remplis de sentiments et de désirs. Et Imamura se révèle une fois de plus un affabulateur émer- veillé par les femmes, qui semble avec ce film vouloir affirmer au monde entier qu’à 75 ans, il bande encore. Les Inrockuptibles Vincent Ostria De l’eau tiède.. . est une œuvre fluide et limpide qui reste cons- tamment sur le terrain du réa- lisme quotidien. Studio Magazine Michel Rebichon Reprenant le couple d’acteurs de L’anguille , la belle Misa Shimizu et le ténébreux Koji Yakusho, Imamura nous entraîne dans une fausse chasse au trésor qui, peu à peu, se transforme en un hom- mage à la femme, à la maîtresse et à la mère ... Un film fascinant, au sens fort du terme. BIOGRAPHIE … Shohei Imamura est un des trois réalisateurs à avoir reçu la Palme d’Or célébré à Cannes à deux occasions ; premièrement en 1983 pour La Ballade de Narayama Narayama Bushiko , et le second plus récemment avec L’Anguille . … Avant de commencer sa car- rière de cinéaste, Shohei Imamura étudiera pendant près de 6 ans l’histoire occidentale. Il s’occu- pera à cette même période du Thêatre Universitaire où il écrira ses premières pièces. A partir de 1951, il travaille- ra pour Schochiku et Nikkatsu deux des grands studios japo- nais où il est assistant réalisa- teur. En 1958, il réalise son pre- mier long métrage Désir effacé Nusumareta Yokujo . Les thèmes récurrents chez Shohei Imamura sont les traditions villageoises et la réflexion sur la société japo- naise comme La vengeance est a moi Fukushu suru wa waremiari en 1979. Shohei Imamura est aussi un témoin de la guerre et a vécu de l’intérieur la bombe atomique qui traumatisa grand nombre de réalisateurs japonais. On citera bien entendu Akira Kurosawa et le film Rhapsodie en Août . Sur ce sujet on trouve En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus Mikikanhei o Otte 1971. … FILMOGRAPHIE Longs métrages Nusumareta yokujo 1958 Le désir volé Nishi Ginza ekimae Devant la gare de Ginza-Ouest Désir inassouvi Le Grand frère 1959 Les enfants du charbonnage Cochons et cuirassés 1961 La Femme insecte 1963 Désir meurtrier 1964 Introduction à l’anthropologie - le pornographe 1965 Evaporation de l’homme 1967 Profond désir des dieux 1968 Histoire du Japon d’après-guerre racontée par une h ô tesse de bar 1970 En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus 1971 Karayuki-san - ces dames qui vont au loin 1975 La Vengeance est à moi 1979 Eijanaika 1981 La ballade de Narayama 1983 Zegen, le seigneur des bordels 1987 Pluie noire 1989 L’Anguille 1996 Kanzo Senseï 1997 Docteur Akagi 1998 Akai hashi noshitano nurui mizu 2001 De l’eau tiède sous un pont rouge L’Evaporation de l’homme 2002 11’09’01 September 11 1 sketche Documents disponibles au France Revue de presse importante Positif n°485/486, 490 Cahiers du cinéma n°563 Repérages n°19, 20, 24 4 Enavançant doucement, j’ai senti que l’eau était relativement tiède. Lorsque je l’ai dit à mon mari, il m’a répondu : "Ici, on est dans la Baie de Bourgneuf, et l’eau de l’océan n’y entre pas, et comme la profondeur reste faible sur une grande distance, l’eau doit se réchauffer." J’ai pensé que s’il savait ce genre Les mystères de la femme… asiatique Un homme part se ressourcer dans une maison depuis laquelle on voit un pont rouge. Il fait alors la connaissance d'une étrange et belle jeune femme… Difficile de dire si le thème de ce film, hormis le mal être de la femme, est le don de soi. La mystérieuse jeune fille a ici pour particularité, de… vider un trop plein d'eau lorsqu'elle fait l'amour, inondant la maison et les rigoles, jusque sous le fameux pont rouge, situé à quelques encablures. L'eau tiède y attire alors les poissons, faisant ainsi le bonheur des pêcheurs. Une drôle de fable donc, où tout n'est que léger décalage, douceur et chaleur. A l'image des interprètes pleins de nonchalance, que même les flots d'eau ne paniquent nullement. Une curiosité à découvrir. Envoyer un message au rédacteur RwZDMh.